Une Bréve Histoire d'Herborn

  La petite ville hessoise d’Herborn, située au bord de la rivière Dill, se trouve au carrefour de trois Länder de la R.F.A.: la Hesse, la Rhénanie-Palatinat, la Rhénanie-Westphalie. Des objets en bronze richement décorés, découverts lors de fouilles faites à Herborn, font supposer que les Celtes furent les premiers colons à s’établir sur notre sol au cours des derniers siècles avant J.-C. Le nom actuel d’Herborn fait penser à une origine allemande, cependant, la plus ancienne référence du toponyme «Herbore» ne permet, jusqu’à présent, aucune interprétation fondée; probablement, cette dénomination ne fait même pas partie de notre langue.

La bourgade d’«Herborne» fut intégrée à un ensemble de chefs-lieux créé, au début du Moyen Âge, par les rois des Francs pour administrer leurs terres à l’est du Rhin.

 Un château fort en pierre érigé au croisement de trois vallées, à une distance de deux kilomètres d’Herborn, donna, par conséquent, à l’agglomération correspondante le nom de «Burg». Herborn même, doté d’une paroisse centrale, fut le siège d’un bailli qui gouvernait la marche d’Herborn au nom du roi. En 1231, le roi allemand consentit à transférer, par donation, la paroisse à l’ordre des Chevaliers Teutoniques.

Cette donation représentait la part d’une dot attribuée par les comtes de Nassau à cet ordre puissant, lorsqu’un des leurs y entra. Le pape confirma cette donation en 1257. L’Ordre détiendra le patronage de la paroisse herbornoise jusqu’en 1587.

Les comtes de Nassau se virent en position forte lorsqu’en 1251 ils acquirent le privilège royal d’attribuer la charte municipale à Herborn. L’année suivante, ils accordèrent au couvent des dames nobles situé à Altenberg près de Wetzlar la franchise douanière dans l’enceinte de la nouvelle ville. Ce couvent, placé sous l’autorité de Gertrude, une des filles de Sainte Elisabeth, jouissait, autrefois, d’une grande renommée. La maison de Nassau se servait de l’église du couvent comme lieu de sépulture.

L’église reçoit en 1324 le droit aux revenus provenant de leurs propriétés situées à Herborn. Les Nassoviens, d’abord comtes, promus plus tard successivement princes, puis ducs, accèdent ainsi au premier rang de l’aristocratie. Ils restent également les seigneurs d’Herborn jusqu’en 1866. C’est à cette époque que le duché de Nassau est intégré au Royaume de Prusse. 

 La construction d’un premier château à Herborn date de l’année 1350, mais le bâtiment principal, un beffroi fortifié imitant le style d’un château fort français ne fut achevé qu’en 1440 sous le comte Engelbert Ier, ancêtre direct de l’actuelle famille royale des Pays-Bas. Au cours des 13ème et 14ème siècles, Herborn s’agrandit pour devenir une petite ville fortifiée dominant un carrefour de routes et un passage fluvial. Elle développe une économie florissante qui s’appuie sur la fabrication de tissus en laine, de cuir et de souliers, ainsi que sur le petit commerce et la restauration. A côté du marché hebdomadaire (qui se tenait le jeudi), il y avait des foires annuelles, dont la plus célèbre, le «Martinimarkt» (la foire de la Saint-Martin), qui jusqu’à aujourd’hui attire une clientèle nombreuse. Le commerce à longue distance assurant la vente de «tissus herbornois» était étroitement lié à la foire de Francfort qui effectuait l’importation de matières premières ainsi que de produits de luxe.

Cette petite ville d’environ 1000 habitants avait les caractéristiques de beaucoup de centres campagnards situés dans les montagnes moyennes, loin des régions côtières.

 

La vie culturelle était modeste. On note l’existence d’une école pour l’enseignement du latin.

 Les citoyens présentaient des divertissements publics en plein air, p.ex. des jeux carnavalesques. La ville pouvait être fière de quelques-uns de ses fils d’origine bourgeoise, qui non seulement fréquentèrent des universités, celle d’Erfurt avant tout, mais firent aussi une carrière brillante «au-delà des frontières». Le plus connu parmi eux était Nikolaus Ferber, nommé Herborn, moine franciscain, en avance sur son temps, mort en 1535 à Toulouse.

La Réforme de Luther, introduite en Nassovie en 1530, ne changea guère la destinée d’Herborn. Une seconde Réforme, entreprise vers 1580 par le comte Johann VI de Nassau, un des frères du Prince Guillaume Ier d’Orange, eut pour effet une ouverture inattendue dans l’aménagement de la vie urbaine. Le comte créa un institut universitaire (la Hohe Schule) dans le but de soutenir la nouvelle confession fondée sur la doctrine de Jean Calvin. Ce fut en automne 1584 que commencèrent les cours respectifs. L’année suivante, l’établissement fut doté d’une imprimerie. Par la fondation de la Hohe Schule, Herborn se plaça au premier rang des centres de la confession calviniste en Europe Centrale.

Cette université modeste disposait d’une poignée de professeurs engagés, qui attiraient des étudiants en grand nombre, venant même souvent de l’étranger. Le rayonnement de la Hohe Schule et ses relations internationales – de la Transylvanie à l’Écosse et de la Pologne à la France – se manifestaient par la présence d’étudiants parfois de cinq nations différentes. L’enseignement et la rédaction de textes se faisaient en langue latine. Un des étudiants les plus célèbres était Jan Amos Comenius, né en Moravie, qui séjourna à Herborn de 1611 à 1613. Sur la liste des professeurs les plus remarquables figurent

- Johann Piscator. Ce théologien important acheva une traduction allemande de la Bible, à savoir une version alternative à celle de Luther, éditée à Herborn à partir de 1602.
- Johann Heinrich Alsted. Il publia la première encyclopédie allemande, imprimée à Herborn en 1630.
- Johann Althusius. Il rédigea la «Politica», éditée en 1603 à Herborn. Ce manuel affirmait pour la première fois le droit des citoyens à destituer un tyran.

La période de prospérité de la ville et de son «Akademie» fut brusquement interrompue par la Guerre de Trente Ans. Ce sont avant tout les années entre 1626 et 1635 qui mirent ces deux institutions à rude épreuve.

 

Un vaste incendie, marquant tragiquement l’histoire d’Herborn, ravagea plus de 200 bâtiments, la peste décima la population, mais ce fut de source sûre la dernière apparition de cette maladie. Dans les années 1640, on entreprit la reconstruction de la ville. Mais l’intention de l’Empereur du Saint Empire Romain Ferdinand III de promouvoir la Hohe Schule université échoua.

 

 De 1648 à 1806, Herborn joua le rôle d’un centre provincial marqué par sa vie académique et commerciale. La fabrication lainière fut renforcée par la production massive de bas grâce aux métiers à tisser. L’activité commerciale s’amplifiait par le biais de la commercialisation des produits provenant des colonies. Les étudiants appréciaient la ville et l’appelaient avec une pointe d’ironie la «Dill-Athen». Cependant, leur nombre baissait considérablement, l’Akademie étant trop pauvre pour se doter à long terme de professeurs de renommée.

 

 

 Malgré tout, elle compte parmi ses étudiants des personnalités importantes: au 19ème siècle, Karl Fuchs excelle comme professeur de médecine à Kazan sur la Volga, et Friedrich Adolph Diesterweg influence largement la réforme de l’enseignement en Prusse.                                                                                                               

 

Ce fut en 1806 que Napoléon Ier destitua le Prince d’Orange-Nassau et intégra Herborn au grand-duché de Berg et Clèves. En 1811, il annonça son intention de fermer la Hohe Schule. Le modeste établissement poursuivit avec peine son activité jusqu’à sa libération, conséquence de la chute de Napoléon en 1813.

 Le Congrès de Vienne assigna Herborn à la plus ancienne lignée de la maison de Nassau, qui gouvernait le nouveau duché depuis Wiesbaden. En 1817, on mit en oeuvre une réforme, qui visait la totalité de l’enseignement dans le duché. Seulement la faculté de théologie de la Hohe Schule fut sauvegardée et transformée en «Theologisches Seminar» (Institut de formation de futurs pasteurs), lequel existe toujours à Herborn.

 

 Quant à la ville, elle eut à souffrir du différent entre le Nassau et la Prusse, conflit hérité de l’époque napoléonienne. On établissait des frontières commerciales, les anciens systèmes économiques tombaient à l’abandon, l’industrialisation ne progressait pas.

 

 La situation ne s’améliora que lorsque les états se mirent d’accord pour construire une ligne de chemin de fer reliant, à partir de 1862, le Nord de la Nassovie au bassin houiller de la Ruhr. Herborn devient un centre de construction mécanique, de fabrication de réchauds et de commerce de bestiaux.

 

À partir de la révolution de 1848, les citadins adhèrent aux idées libérales et démocratiques. Tout de même, la primauté du «Herborner Freisinn» (esprit libéral régnant à Herborn) décline déjà dans les années précédant la première guerre mondiale pour s’effondrer complètement pendant la République de Weimar.

 

Les divergences entre les nationaux-socialistes et les sociaux-démocrates l’emportèrent sur cet esprit libéral. Les nationalistes apportèrent leur soutien à Hitler pour s’imposer lors des élections de 1932.

 

C’est pour cette raison qu’en 1933 le conseil municipal d’Herborn se pressa de nommer Adolf Hitler citoyen d’honneur

 La révocation publique de cet acte honorifique fut une des premières mesures à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Les douze années de dictature hitlérienne, cependant, avaient causé de graves dommages à la société civile d’Herborn: la communauté juive fut exterminée par l’émigration et par l’holocauste dans les camps de concentration.

 Les adhérents à la Gauche démocratique et les chrétiens opposés au régime nazi furent poursuivis, bon nombre de familles déploraient la mort d’un des leurs, suite de la guerre.

 

On commença à reconstruire la ville en 1946 en profitant de l’appui effectif d’environ 3000 Allemands réfugiés des régions de l’est, qui avaient perdu leur pays natal.

De la réforme communale de 1977 sortit une nouvelle ville, qui englobe désormais la commune historique et sept villages avoisinants.

 

Le nouvel Herborn est une ville industrielle caractérisée par son rôle de premier rang dans le commerce de détail et le secteur tertiaire. L’intérêt principal de la santé publique repose sur ses cliniques psychiatriques fondées en 1911. Herborn héberge des ressortissants de nombreuses nationalités, de convictions religieuses multiples.

 

 La ville participe activement au processus d’intégration européenne, étant jumelée avec des villes partenaires en France (Pertuis), en Autriche (Schönbach et Guntersdorf) et en Pologne (Ilawa). Herborn entretient des relations d’outre-mer avec Post Falls, ville fondée par l’émigré Friedrich Post, originaire d’Herborn

 

Traduction:  Dr. Richard Brütting / Paul-Wilhelm Janssen     Correction: Colette Kuntzsch

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